La presse bouillonne, la plume s'envole

Manifestation des VTC: une femme au volant

Le 05 Février 2016 à 12h27

Djamila, place des Invalides. Crédit: M.-S.B.

Il n’y a que des hommes en costume noir, adossés à leur Voiture de Tourisme avec Chauffeur (VTC) sur la place du 18 Juin 1940, dans le quartier de Montparnasse à Paris. Au milieu, en robe et veste en cuir, Djamila, 35 ans, surveille l’annonce du départ de la manifestation organisée ce mercredi 3 février par l’Association mobilité transport (AMT). Elle aussi est venue mettre un frein aux annonces restrictives annoncées par le Premier ministre. Des mesures à l’encontre de leur profession, en faveur des taxis. Le bruit des klaxons est assourdissant.

Embauchée par la société Paris Private Car, Djamila travaille notamment via l’application Uber. Cette ancienne serveuse s’est engagée sur la route VTC il y a dix mois. Préférant troquer ses piétinements quotidiens pour le confort du siège en cuir de son Infiniti de location. A peine une heure de formation a suffi. Depuis, elle slalome dans les rues de Paris six heures par jour environ, et une partie de la nuit le week-end. Le lundi, elle se repose. Maman de trois enfants, cette habitante du Val-de-Marne adapte son emploi du temps : « Souvent, je m’arrange avec ma mère et ma sœur...  » Ses revenus oscillent chaque mois entre 1800 et 2000 euros. « Touche pas à mon emploi », peut on lire sur son pare-brise ce mercredi.

La présence d’un taxi au milieu des VTC créé soudain un mouvement de foule. « Ces derniers jours, ils se sont montrés agressifs, mais nous ne devons pas entrer dans ce jeu-là », répète-t-elle, « il faut jouer l’intelligence ». A voir ces œufs qui viennent s’écraser sur la carrosserie de ce taxi Parisien, tout le monde n’est pas de cet avis. Djamila se fraie facilement un chemin entre les autres berlines à vitres fumées. C’est une question d’habitude : « Il faut savoir s’imposer dans ce milieu. Surtout avec les personnes éméchées le week-end ». Les femmes sont très rares à exercer cette profession. A la vue de son chignon frisé, un des manifestants se penche étonné à sa fenêtre : « Comment faites-vous la nuit ? », interpelle d’emblée Youssef, 26 ans. Derrière ses lunettes de soleil, ses yeux semblent s’attendrir. « C’est trop dangereux, pour vous, les femmes ! Vous êtes mignonne, vous n’avez pas peur pour votre sécurité ? » insiste-t-il, en lui conseillant de se munir « d’une bombe lacrymogène et d’une petite matraque, au minimum ! » Djamila ne semble pas déstabilisée par ces réflexions.

 

20160203_125717Crédit: M.-S.B.

Objectif Matignon

« On y est », lâche-t-elle en se garant sur la place des Invalides. Comme une trentaine d’autres personnes, elle se réfère aux consignes de Mohamed, chauffeur de 24 ans chez Paris Private Car, et membre de l’AMT. Elle tend une oreille aux déclarations criées dans des mégaphones. Mais, très vite, l’ambiance révoltée s’apaise. Les plus affamés se sont éloignés. Un stand s’est improvisé à quelques mètres. Cinq euros pour un sandwich merguez mayonnaise. L’impatience finit par gagner certains manifestants, décidés à bloquer la place de la Concorde. « Momo nous a dit de ne pas bouger ! », assure Djamila. Ce dernier n’adhère pas à cet éparpillement. Il garde la tête froide, même si sa revendication envers le gouvernement est claire : « Ils veulent notre mort.»

Djamila attend dans sa voiture. Une averse pousse deux chauffeurs à s’inviter à l’arrière. Elle allume le chauffage et une odeur de vomi flotte dans l’air. Souvenirs d’une cliente malade quinze jours plus tôt. Un peu avant 16 heures, un coup de fil de Mohamed sonne la fin de la manifestation. En jetant son mégot par la fenêtre, elle déclare, souriante : « Ils vont être reçus à Matignon ! » Les négociations se déroulent maintenant entre ses responsables et le cabinet du Premier ministre.

Marie-Sarah Bouleau

20160203_121508 Crédit: M.-S.B.

 

Laissez un commentaire