La presse bouillonne, la plume s'envole

Tel Aviv-Paris: décollage (pas si) imminent

Le 23 Août 2015 à 12h21

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

23h14. Aéroport de Tel Aviv, Israël. Les valises s’entassent sur un chariot métallique. On tente de piloter, tant bien que mal, ce quatre-roues déséquilibré vers la zone d’enregistrement des bagages… pour s’en débarrasser au plus vite. Plus loin, des portiques sonnent l’heure de la fouille. Il y a quelques personnes dans la file d’attente, et de nombreuses forces de l’ordre de l’autre côté. Chaque geste est très méticuleux. Tout à coup, une jeune femme en uniforme lance un regard inquisiteur. Le contrôle risque d’être plus long que prévu…

Un interrogatoire commence, en anglais: «C’est la première fois que vous venez en Israël? – Oui. – Que faisiez-vous ici? – J’étais en vacances. – D’où venez-vous? – Paris. – Vous avez de la famille ici? – Non. - Avez-vous rapporté des souvenirs d’Israël? – Oui. – On vous les a offerts ou vous les avez achetés? – Je les ai achetés, (ma banquière pourra malheureusement vous le confirmer…) - Qui est avec vous? – Une amie. – Que fait-elle ici? – Elle travaille. – Quand elle est en Israël, et vous à Paris, comment communiquez-vous? – Par internet, par téléphone…» (On a bien envisagé le pigeon voyageur, mais bon…) Comme l’impression de passer un examen, sauf que là, si on le rate, pas sûr qu’ils proposent une épreuve de rattrapage.

Ensuite, tout s’enchaîne.

A côté, sur un mur, le contour d’un être humain a été tracé, exactement comme sur les lieux d’un crime. «Avancez, et placez votre corps selon le dessin». Scanner. «Posez vos pieds sur cette marche, l’un après l’autre». Inspection intégrale des chaussures. «Enlevez-les, s’il-vous-plaît». Manipulées telles des pantoufles de verre, les vieilles sandalettes en cuir partent à l’analyse. On a même le droit à un massage des pieds pour faire passer le temps. A chaque étape de la fouille, un téléphone fixe sonne et la jeune femme décroche. Hochements de la tête: «Lo, lo, lo», dit-elle, à savoir, «non, non, non»… Elle s’intéresse ensuite aux bracelets autour des poignets, et examine, perle par perle, chacun d’entre eux. L’heure tourne. La tension commence à monter. D’un signe de la tête, elle indique une cabine dans laquelle on s’engouffre. Elle tire le rideau. Grand moment d’inquiétude... Face à ce visage blême, elle déclare: «Détachez vos cheveux, et retournez-vous, je vais procéder à une fouille». S’ensuivent trois minutes de modelage crânien, plutôt agréable, finalement. On commençait à se détendre enfin, quand elle s’arrête et demande: «Ecartez votre pantalon», juste deux centimètres devant et derrière, pour passer un détecteur. Soulagement à la sortie: on s’attendait à pire…

Au bout d’une heure, elle saisit le bagage à main, le renverse, et examine tout son contenu... «Voilà, c’est terminé», finit-elle par annoncer… Sous-entendu: «Vous êtes libre». L’avion décolle dans 15 minutes. Ils ont cru qu’on allait le détourner, ou quoi? (Pour l’instant, je risque surtout de le louper…)

Marie-Sarah Bouleau

Laissez un commentaire