La presse bouillonne, la plume s'envole

Assas contre Sorbonne: joute oratoire

Le 12 Juin 2015 à 08h43

 Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Ils s’appellent Alix, Victor, Esteban, Antoine, et Guillaume, Victor, Mattéo, Marie-Sarah. Quatre étudiants d’Assas d’un côté, quatre de la Sorbonne de l’autre. Ils ont tous une vingtaine d’années. Dans la soirée du 8 juin dernier, ils ont revêtu leur uniforme d’orateur, -costume-cravate ou robe. Les deux ennemies ancestrales s’apprêtent à livrer une bataille… Juste avec leurs mots. L’heure de la finale du Championnat de France de Débat a sonné.

La Fédération Française de Débat et d’Eloquence (FFDE) a organisé toute l’année des joutes oratoires entre les différents clubs universitaires de débats en France: Dauphine, l’Institut de Philosophie Comparée, Assas, la Sorbonne…Les deux dernières facs ont été lauréates de nombreuses rencontres. Les troupes se sont ainsi formées pour l’ultime combat qui s’est déroulé au pied de l’Assemblée Nationale, sur le bateau Concorde Atlantique. Ils font leur entrée, tels des héros, sur le navire: des «ouaiiiiiis» d’encouragement retentissent… Et des «wouuuuuuh» d’humiliation, selon les camps. Les consignes sont précises. Dans un débat parlementaire fictif, Assas incarne le gouvernement, et la Sorbonne l’opposition. Premier ministre ou chef de l’opposition, ministre, député ou encore secrétaire général, chaque étudiant se voit attribuer une fonction particulière, comme en politique. Ils vont s’étriper autour d’un thème, comme en politique. Cinq minutes de parole par orateur, à tour de rôle. Ils disposent du sujet depuis quelques heures pour mettre en place leur stratégie, avant l’assaut: «Ce gouvernement pense que la chose la plus importante dans la vie n’est pas d’être couronné de succès». Le jury* évalue la méthode d’attaque selon la forme, l'aptitude à convaincre, et le fond, c’est-à-dire l'argumentaire. Très vite, les huit soldats s’engagent sans peur sur le front. D’un côté, le gouvernement représenté par Assas valorise, tout en finesse, des plaisirs simples: «Bien vivre est plus important que le succès: il faut se désaltérer, manger et parfois forniquer». L’armée adverse des Sorbonnards réplique: «Quelles différences entre un singe et un humain alors?» Assas défend le mérite d’existences anonymes, comme avec «Michel, bénévole à la Croix rouge». Un homme de l’ombre, bienveillant et courageux, mais loin d’être couronné de succès. Tout comme José, et… Et d’autres exemples. Beaucoup trop d’exemples. Pour la Sorbonne, d’humeur badine, cette énumération «ne confirme qu’une chose: le gouvernement joue aux Sims». Tous les orateurs s’amusent à mêler langage tantôt familier, tantôt soutenu. Ils bombardent des proverbes, des références à des scientifiques, des écrivains ou des stars de téléréalité. Ils mitraillent des paroles de chansons, d’Edith Piaf à Renaud. En passant par Maître Gims. Chacun [sa] direction, après tout. Quarante-cinq minutes plus tard, les troupes baissent leurs armes. La Sorbonne remporte la bataille. Assas est blessée, mais pas vaincue. La guerre reprendra, à la fin de la trêve estivale.

Marie-Sarah Bouleau

*Le jury est composé d’Antoine Chadanian, président de la FFDE, Xavier de Bonnaventure, enseignant et spécialiste du droit constitutionnel, et de deux avocats, Jean-Marc Fédida, qui assure notamment la défense du Canard Enchaîné, et Jean-Paul Carminati.

Commentaires

pjhensey@gmail.com
Le 18.06.2015 à 22h35
Great stuff. Enjoyed reading it. Lovely contemporary French from which I can learn a lot. Bon continuance. Paddy Hensey, Ireland

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