La presse bouillonne, la plume s'envole

Gueule de voie

Le 13 Mars 2015 à 18h18

 Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Le marathon commence le jeudi, pour les étudiants principalement. Et puis, le vendredi et le samedi, c’est toute la jeunesse parisienne qui trinque à l’unisson. Le lendemain, au petit matin, les corps éreintés attendent le premier métro. Les fêtards rentrent se coucher quand les costumes-cravates et leur mallette partent travailler.

Grands Boulevards, 5h30. Les métros démarrent doucement. Ils sont plus rares à cette heure-ci. Les derniers survivants de la soirée attendent impatiemment sur le quai; leurs copains ont déjà sauté dans un taxi, ou errent en Vélib’ dans les rues de la capitale. Un jeune homme titubant essaie de comprendre le fonctionnement d’un distributeur de friandises. «Direction Mairie de Montreuil, prochain train dans cinq minutes», annonce la voix dans les haut-parleurs. Ça ne sera pas de trop: il reste dubitatif face à la vitre de la machine et appuie mécaniquement sur plusieurs boutons. On ne sait pas trop s’il a saisi l’importance d’insérer une pièce de monnaie. Il fait demi-tour, bredouille.

Le bruit du métro qui arrive au loin en réveille plus d’un. Dans l’obscurité du tunnel, les deux yeux du train apparaissent. Il freine, et un son strident agresse toutes les oreilles. Mathilde fait une moue d’agacement: «J’ai des acouphènes de malade!» Les portes du wagon s’ouvrent. Mouvement de recul: une odeur d’alcool, à mi-chemin entre la bière et le whisky, empeste dans la rame. Etonnamment, pour l’heure, il n’y a plus une place assise. Des jeunes discutent pour tenter de se remémorer leur soirée. Les rires sont enroués, et le blanc des yeux rougi. «J’ai maaaaal aux pieds!», se plaint Maeva, perchée sur ses talons de quinze centimètres.

Au milieu de cette débauche, des têtes raides ne donnent pas l’impression d’avoir participé aux festivités. Ceux-là sortent tout juste de leur lit, quand leurs compagnons de voyage s’y précipitent. Les uns frais et douchés, les autres sales et poumons encrassés. Laurent, 45 ans, prend son mal en patience. Il travaille le week-end, il a l’habitude de ces passagers enivrés. Une odeur de fumée l’écœure tout à coup. En face de lui, un p’tit con a allumé sa cigarette. Il remonte son écharpe sur son nez. Dans sa main droite, il porte un sac plastique avec un casse-croûte dedans, pour son déjeuner, à midi. Heure à laquelle certains émergeront enfin de leur couette, en s’empressant d’avaler un cachet de paracétamol.

Dans un carré à quatre places, Clément a pris ses aises en étendant ses jambes sur la place devant lui. Joue gauche collée contre la vitre, il ronfle à poings fermés. A côté, son pote semble lutter pour rester éveillé, et surveiller les stations qui défilent. Il pique du nez et se ressaisit. Il regarde son copain, aussi dépité qu’envieux. Le métro arrive à Nation: «Eh mec, réveille-toi, on descend!» A 6h30, sur la ligne une, direction La Défense, la meute de jeunes commence de se disperser, et petit à petit, les travailleurs se font plus nombreux. Plus éveillés. Un journal gratuit dans la main. Rapidement, ils se retrouvent entre eux, comme une réunion de bureau avant l’heure. Les minutes passent, et les rames reprennent leur train de vie. Très vite, c’est l’heure de pointe. Certains jouent des coudes pour se faufiler, tout le monde est entassé. Mélissa se précipite sur une place assise qui vient de se libérer. Elle jette à coup d’œil en arrière pour s’assurer de la propreté du siège. Du bout des doigts, elle dépose à terre une bouteille de jus de fruit qui traînait. Sûrement un restant de vodka orange…

Marie-Sarah Bouleau

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