La presse bouillonne, la plume s'envole

Le monde allant vert

Le 17 Février 2015 à 10h33

 Huiles essentielles, tisanes, gélules... à chaque plante ses vertus et ses dosages. Crédit: M.-S.B.

Mal à la tête? Un cachet, et ça passe. Ah, mal au ventre aussi? Et les problèmes d’articulation qui ne s’arrangent pas… Décidément, ça en fait des gélules dans le gosier! Certains ont recours aux plantes. Mais pour s’y retrouver avec tous ces spécimens, il vaut mieux s’adresser à un herboriste… Pourtant, leur métier disparaît. Paradoxe.

Le premier arrondissement de Paris abrite un coin de nature. L’herboristerie du Palais Royal est en effet installée dans la rue des Petits Champs, depuis un siècle. Dans la boutique plutôt exiguë, située à quelques mètres d’une pharmacie, trois vendeuses s’activent ce jour-là. Elles écoutent, patiemment, les clients qui se suivent, et parlent, tout autant, -et parfois plus-, pour les orienter selon leurs besoins vers les plantes appropriées. Le directeur, Michel Pierre, arpente ces locaux depuis 43 ans. A son arrivée, il était préparateur en pharmacie: «Lorsque j’ai pris le relai, on m’a formé pendant trois ans car je ne connaissais rien aux plantes».

Aujourd’hui, on constate que malgré les progrès de la médecine moderne, nombreux sont ceux qui s’orientent vers la phytothérapie: «C’est un recul sur soi-même», une prise de conscience «pour éviter de prendre des médicaments à tort et à travers, car ils ne sont pas sans effets secondaires». Pour lui, c’est une question de génération: «La jeunesse actuelle n’a pas l’état d’esprit gaspilleur que nous avions». Pour les plantes, «c’est le même principe, on est en train de prendre soin de soi avec des médications douces». Des scandales ont par ailleurs, entraîné des suspicions, et, de plus, «les gens se sont dit ‘quitte à prendre quelque chose qui n’est pas remboursé, autant acheter un produit qui soit doux pour la santé’», analyse l’herboriste.

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Michel Pierre travaille à l'herboristerie depuis plus de quarante ans. Crédit: M.-S.B.

A la goutte près

Migraines, asthme ou rhume, «en herboristerie, on va soigner la cause», explique Michel; un traitement pratiquement au cas par cas. Par exemple, pour le diabète, la feuille de myrtille, de géranium Robert et l’eucalyptus ont révélé leurs vertus. Michel prévient cependant que «l’effet est peut-être moins rapide qu’un médicament, mais une prise régulière permettra d’atténuer les maux». L’herboriste assure des résultats, même si « on ne peut pas toujours les expliquer scientifiquement». De la tisane aux gélules, pour apaiser ou prévenir: la médication par les plantes se décline sous différentes formes. Lavande, basilic, camomille, de petits flacons d’huiles essentielles ont également envahi toute une étagère.

Une vendeuse arrange le rayon, puis s’interrompt pour se diriger vers l’entrée. «Bonjour Madame, ma cousine m’a conseillée de venir ici… A cause d’une allergie aux chats. Depuis que j’en ai un à la maison, c’est le grand amour mais je remplis ma poubelle de mouchoirs». A en croire la vendeuse, ce n’est pas un amour impossible. Il faut juste combattre ces hostilités à coup de 10 gouttes de bourgeon de cassis et de 20 gouttes de plantain, matin et soir. Tout est une question de dosage: «Tout est poison, rien n'est poison: c'est la dose qui fait le poison», disait Paracelse (médecin, alchimiste et astrologue suisse du XVIe siècle, considéré comme le père de la toxicologie). Et en principe, en herboristerie, «les doses ne sont pas suffisamment fortes pour entraîner un problème de toxicité», affirme Michel, avant de préciser: «De toutes façons, on ne vend pas de plantes toxiques». Tous les produits réunis ici proviennent du monde entier. Cependant, avant de prendre place dans les rayons, «ils transitent par l’intermédiaire de laboratoires qui les contrôlent pour nous», assure l’herboriste.

Pour autant, ce dernier est soucieux de ne pas bercer d’illusions des clients atteints de graves maladies. Il existe cependant «des plantes qui augmentent les défenses de l’organisme pour mieux réagir contre certaines maladies». Michel reçoit beaucoup de personnes conseillées par des oncologues: «On recommande de plus en plus de plantes qui permettent de mieux supporter les traitements lourds, comme les chimiothérapies ou les trithérapies, car tous ces médicaments, indispensables pour soigner des maladies graves, portent atteinte au système digestif, au foie… On aidera ainsi à mieux supporter ces médications grâce aux plantes».

En vert et contre tout

«Je suis un dissident», reconnaît -presque fièrement- l’herboriste, «parce que la liste des plantes vendues dans ma boutique dépasse celle autorisée; légalement, je ne peux en vendre que 143: on ne va pas bien loin avec ça». Comme beaucoup de ses collègues, il a été poursuivi en justice. Attaqué par l’ordre des pharmaciens, son procès a eu lieu en mai 2012; relaxé dans un premier temps, puis condamné en appel, pour «exercice illégal de la profession de pharmacien», à des amendes avec sursis, «le procureur a cependant reconnu que le législateur devait revoir la loi, au regard de notre société actuelle». Un arrêté du 24 juin 2014 a, par la suite, libéralisé plus de 500 plantes, mais seulement dans les compléments alimentaires: elles ne peuvent pas être vendues sous forme de tisanes; une avancée, mais «on tourne autour du pot», selon Michel.

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Dans ses livres, l'herboriste détaille les facultés de nombreuses plantes. Crédit: M.-S.B.

Les plantes n’ont pas vocation de guérir au même titre que les médicaments. L’action est plus lente, mais sur le long terme, «c’est la régularité d’emploi qui donnera un résultat, à condition de prendre la plante qui soit précisément adaptée au problème». Michel rebondit aussitôt sur sa remarque: «Il faut donc avoir en face de soi des interlocuteurs qui puissent délivrer les meilleurs conseils». Et les pharmaciens ne sont pas toujours formés sur la connaissance des plantes, alors, il se bat pour que le métier d’herboriste survive et perdure. Un syndicat d’herboristerie est en cours de création afin, entre autres objectifs, de mettre en place un diplôme: «Pharmacien et herboriste sont deux métiers complémentaires, mais différents. On souhaiterait, par le biais de ce syndicat, développer une pédagogie autour de la connaissance des plantes pour les médecins et les pharmaciens». Dans certains cas par exemple, une tisane peut être un complément aux médicaments. Sauf qu’à l’heure actuelle, «le médecin ne sait pas», et pire, «il peut être mis à pied s’il conseille des plantes ou une médication qui sort du circuit bien encadré».

Michel assure «se bagarrer» pour la survie de l’herboristerie. Il se prend même à imaginer qu’on puisse, pourquoi pas, «accepter les tisanes dans les hôpitaux à l’avenir», et conclut, confiant: «C’est le renouveau de l’herboristerie!». Avant que ses souhaits ne fleurissent, encore faut-il cependant qu’ils prennent racine dans tous les esprits.

Marie-Sarah Bouleau

Commentaires

Ivo
Le 18.01.2016 à 23h55
merci :)
Cocotte Minute
Le 24.02.2015 à 17h13
Merci :)
Damlys
Le 24.02.2015 à 15h58
Un clic et le hasard fait que je me retrouve sur votre site. Votre article est très intéressant et surtout original.

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