La presse bouillonne, la plume s'envole

Carlton de Lille, les dernières miettes

Le 25 Février 2015 à 07h18

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Pendant trois semaines, le procès du Carlton s’est tenu au tribunal de Lille. Quatorze prévenus à la barre, dont Dominique Strauss-Kahn. Vendredi dernier, le jugement de l’affaire de proxénétisme aggravé en réunion a été mis en délibéré au 12 juin prochain. Ça tombe bien, c’est au tour de Lille de prendre ses vacances d’hiver.

Il paraît que le tribunal de Lille n’est pas bien loin de la station de métro Rihour. En haut des escalators, un homme d’une quarantaine d’années s’improvise guide: «Suivez-moi, c’est à peine à dix minutes à pied!». Droite, gauche, tout droit, il connaît le chemin par cœur: «J’habite juste à côté». Au début de l’avenue du Peuple-Belge, il s’interroge: «Vous avez entendu parler du procès qui a eu lieu ici? Des policiers aux journalistes, il y avait un de ces mondes!». Là, la rue est déserte.

En face, le café Bettigny se réveille doucement ce lundi 23 février. La serveuse chantonne en rythme derrière le comptoir sur l’air diffusé à la radio, «toi ma belle Andalouse, aussi belle que jalouse… nanana… je perds le nord… nananinanana». Au fond de la salle, deux messieurs d’une cinquantaine d’années en costume-cravate chuchotent entre eux. Une dame fait son entrée, sourire aux lèvres: «Un café crème, s’il vous plaît!». A travers la vitre, on aperçoit le drapeau français s’agiter lentement sur le trottoir opposé. Fin du procès, début des vacances, forcément, tout semble bien calme ici. La serveuse se confie, sobrement: «Ça fait bizarre, il n’y a personne, la semaine dernière tout le monde courait et criait dans tous les sens. Nous, ça nous a apporté du monde». La cliente l’interpelle: «Je peux vous demander l’heure? – Dix heures moins dix. – Oh, je suis en retard! C’est toujours pareil lorsque j’ai un rendez-vous qui me barbe!». Elle paye sa consommation et s’envole. Quelques rues derrière le tribunal, dans un kiosque, l’affaire du Carlton de Lille a définitivement fui les "une" des quotidiens. Sauf sur les derniers numéros restants du hors-série de La Voix du Nord, publié au mois de janvier. De toutes façons, à en croire la vendeuse, les journaux ont finalement peu titré sur le procès: «On était un peu déçus, on s’attendait à beaucoup plus de médiatisation». Et donc, plus de ventes.

Au carrefour entre la place du théâtre, et le début de la rue de Paris, un monsieur assis sur une chaise pliable répète sans cesse «bonne journée, bonne journée!». Il fait la manche. Seuls un bout de sa grosse barbe blanche et de son béret dépassent, le reste est emmitouflé dans une capuche. Derrière lui, une valise et un parapluie sont à portée de main. Devant lui, à quelques mètres seulement, la devanture du Carlton de Lille trône fièrement. Une dame passe en coup de vent et s’engouffre aussitôt dans la rue. Elle pousse la porte d’un salon de coiffure quelques mètres plus loin. Tchak. Un coup de ciseaux. «On a jugé DSK, mais au final, beaucoup de gens en profitent: il y a des prostituées à gogo ici!», affirme la coiffeuse. Tchak, tchak. Quelques mèches s'éparpillent sur le sol. «Comme par hasard, c’est arrivé du jour au lendemain, alors qu’il aurait pu devenir président de la République». La coiffeuse allume le sèche-cheveux, en guise de conclusion.

Cheveux au vent, un groupe de jeunes adolescentes passe devant le salon sans y prêter attention. Elles s’arrêtent de justesse, pour laisser passer un taxi pressé. Il a une réservation. A la fenêtre arrière du véhicule, les rues défilent, en même temps que les souvenirs de ces dernières semaines: «J’ai pris une équipe de tournage justement». Une chose est sûre, «si c’était une manipulation, ils ont fini par l’avoir», avance le chauffeur, au sujet de l’ancien patron du FMI. «Les politiciens cherchent le pouvoir pour en abuser, non pas pour servir le peuple». Il se tait quelques secondes, fait une manœuvre avec sa voiture, et finit par dire, en levant le frein à main: «Quand ce n’est pas pour ce sujet-là, ce sont des histoires d’escroqueries: les politiciens donnent le pire exemple», dit-il, en rigolant. Le ton, lui, est sérieux.

Marie-Sarah Bouleau

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