La presse bouillonne, la plume s'envole

À main levée !

Le 18 Février 2015 à 09h51

Dessin de Tony Gouarch, pour Cocotte Minute.

Fin 2014. Tony Gouarch sort ses crayons de sa besace en cuir. Ce jour-là, comme tous les autres, le dessinateur de presse entre dans son bureau, à Rennes. Après avoir lu le journal du matin, des nouvelles l’ont amusé. Assis devant sa table à dessin, sa mine de feutre a une odeur de liberté.

Depuis qu’il a l’âge de tenir un crayon, Tony Gouarch dessine. A 39 ans, son moyen d’expression ne l’a toujours pas quitté; il a simplement troqué les personnages de ses rêves d’enfant contre ceux de l’actualité. Désormais, ses dessins brossent avec humour des informations du quotidien: c’est un journaliste, avec des crayons au bout des doigts, à la place des plumes. Et si tous deux jouissent de la même liberté d’expression en France, le dessinateur de presse en use davantage. De l’écriture à la caricature, la liberté de ton n’est pas la même: «Je pars du principe qu’on est les bouffons du roi. Dans l’histoire, c’était les seuls autorisés à dire certaines vérités… et personne ne pouvait le leur reprocher».

Tony livre son point de vue sur une actualité qu’il synthétise: «Le but du jeu, c’est d’être percutant et drôle». Le dessinateur dédramatise une information, traite des vérités de façon décalée, et s’amuse souvent à ridiculiser une personne en lien avec l’actualité: «C’est la magie de l’humour, on peut faire passer tous les messages». Après tout, on est là pour «se marrer»; alors il caricature «les grands de ce monde», tourne en dérision «des gens qui se prennent trop au sérieux». A force d’accentuer les traits des caractères, à un moment ou un autre, les lèvres du lecteur s’étirent de chaque côté de son visage: il sourit, il rit, il est conquis. Gagné! Le message est délivré. Et c’est bien le plus important dans une caricature; même si c’est toujours agréable de se faire chatouiller l’œil par de jolis traits, «le dessin de presse n’a pas vocation d’être beau».

Non, ce qui importe, c’est le regard proposé, le traitement du sujet, car le dessinateur s’impose de «penser à contre-courant… du courant», pour toujours rester en marge des informations prémâchées. Quand le lecteur s’arrête sur l’image, il doit immédiatement assimiler le message: «Un dessin juste doit être simple à comprendre, sans trop de détails». Parfois, le lecteur a honte d’en rire. Parfois, le trait d’humour ne le fait pas rire du tout, au contraire. Raté. Mais ce n’est pas grave, le prochain le fera sourire, car si tout est propice à l’hilarité, chacun a ses préférences: «Le tabou c’est le sacré, et le sacré, c’est personnel; ce qui l’est pour l’un ne le sera pas pour l’autre». Religion, famille, politique, «si on commence à accepter toutes les valeurs individuelles, on ne dit plus rien. Soit on se permet d’illustrer tous les sujets, soit rien du tout. Il y a un pays, qui s’appelle la France, où on peut, justement, tout caricaturer». Tous ces dessins sont là pour interpeller, en aucun cas pour insulter. Selon lui, c’est une histoire de «bon sens», et de «morale» aussi. Ses seules limites se résument à «ce que la loi interdit». La liberté d’expression est bien légale, et «si on ne l’utilise pas, elle meurt d’elle-même».

Début 2015. Tony Gouarch enfonce ses mains dans les poches de sa veste en cuir. Ce jour-là, pas comme les autres, le dessinateur de presse s’est rendu à Paris. Après avoir lu le journal du matin, des nouvelles l’ont bouleversé. Assis à la terrasse d’un café, sa pinte de bière a un goût amer.

Marie-Sarah Bouleau

rip_charlieDessin de Tony Gouarch, publié le 8 janvier 2015 sur son blog.

Commentaires

Le 11.04.2016 à 00h41
La liberté d'expression, est-ce qu'elle est nécessairement une carte blanche? Would it ever be right to impose restrictions and if so could it ever again be called liberty. Loved that article. Bonne continuation. Paddy Hensey

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