La presse bouillonne, la plume s'envole

Une affaire de femmes

Le 01 Novembre 2015 à 18h57

 Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

Un homme de 37 ans, aux cheveux courts et sourcils noirs épais, patiente dans le box, les bras croisés et l’air hagard. Très vite, son comportement sexiste est pointé du doigt. Face à lui, une présidente entourée de deux magistrates. Et son avocat, aussi, est une femme.

Les faits remontent au 22 septembre 2015. L’affaire avait été renvoyée lors d’une première audience car le prévenu vociférait. Depuis, Sylvain a été placé en détention provisoire. Cette fois, la présidente ouvre le dossier dans le plus grand calme. Ce jour-là, dans un train à mi-chemin entre Mantes-la-Jolie et Paris, plusieurs contrôleurs repèrent ses allers retours douteux dans les wagons. Il n’a pas de titre de transport et se fait verbaliser. Dès lors, tout dérape entre eux: «Vous agressez verbalement le personnel féminin en leur disant: ‘Vous êtes bonnes!’, avant de lancer, outrageusement, à un employé : ‘Tes collègues, je les baise, j’espère que tu en profites!’» La présidente énumère une série de propos, la voix lasse. «Apparemment ivre, vous plaquez l’une des contrôleuses contre la porte des toilettes, vous tendez votre bras, et touchez son sein». Les agents entravent Sylvain avec des menottes; à Paris, une équipe de police l’attend. La victime porte plainte. «J’avais bu deux grandes canettes de bière, admet Sylvain, en passant sa main dans sa barbe de quelques jours, mes paroles se sont peut-être envolées. Mais je n’ai jamais dit toutes ces choses, et je n’ai pas touché son sein. J’étais ivre, mais pas ivre mort». La magistrate s’impatiente: «Vous estimez donc que la victime abuse dans ses propos ? – Oui», et elle finit par s’indigner: «Monsieur, si une femme mettait la main sur votre braguette, vous trouveriez ça normal?»

Violences conjugales

Le tribunal évoque sa dépendance à l’alcool: «Qu’est ce qui vous pousse à boire? – J’étais dans une période difficile: je suis en plein divorce et je sortais de prison». Condamné en février dernier pour menaces de mort, dégradations et port d’arme, Sylvain est en effet libéré en août. Avant, il a été emprisonné durant un an et six mois, pour violences conjugales, en avril 2012 et novembre 2011. «Je comprends mieux le divorce», commente la présidente, désabusée, avant d’ajouter: «Vous avez un problème avec les femmes? – Je suis peut-être un peu sexiste, car j’ai été déçu…» En l’absence d’expertise psychiatrique dans le dossier, le tribunal refuse de procéder à un jugement dans l’immédiat. Sylvain est placé sous contrôle judiciaire, dans l’attente de sa prochaine audience, le 18 novembre prochain.

Marie-Sarah Bouleau

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