La presse bouillonne, la plume s'envole

La main dans le sac

Le 05 Juillet 2015 à 22h13

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

Mohamed a le visage creusé, et ses sourcils en forme d’accent circonflexe lui donnent un regard sévère. Ce jeune homme de nationalité algérienne et tunisienne a 26 ans… On lui en donne dix de plus. Il comprend assez bien la langue française, mais pour «des raisons de confort», il lui faut un interprète. Tiens, mais il est où justement, l’interprète? Introuvable. Un de ses collègues, assis dans la salle d’audience, est présent pour une autre affaire. Il pique du nez, et sursaute lorsqu’on l’appelle en remplacement.

Le 27 juin dernier, au cinquième étage des Galeries Lafayette à Paris, une agent de sécurité repère un acte louche. Un homme fouille dans un sac à main, posé sur un banc, puis s’éloigne. Sa propriétaire s’est éclipsée quelques secondes pour récupérer l’une de ses petites-filles qui s’était échappée. La vigile interpelle le jeune homme, et restitue ainsi son Iphone et son portefeuille à la victime. Les faits sont simples. Pourtant, le prévenu conteste: «Ce n’est pas moi, je faisais des courses pour mes enfants, j’ai vu le sac ouvert mais je ne l’ai pas touché». Lorsqu’il s’adresse au tribunal, il alterne entre le français et l’arabe. La présidente s’étonne: «Mais quand l’agent vous a appréhendé, vous n’aviez rien sur vous? – Rien du tout. – Donc, elle invente? – Oui, elle ment! - En fait, elle a fait une farce, c’est ça?» Silence. «Vous tentiez pourtant de camoufler –ça veut dire ‘cacher’- votre geste avec un vêtement, selon l’agent», précise la présidente, avant d’interrompre le prévenu qui s’apprêtait à répondre: «Oui, on a bien compris: vous contestez!»

Mohamed vit chez son père, avec sa compagne et ses trois enfants. «Quelles sont vos ressources, monsieur? – Je travaille dans le bâtiment. Et je voulais bientôt passer un diplôme pour devenir plombier.» Déjà quatre mentions au casier judiciaire pour des histoires de vols. Il est sorti de prison en avril, puis placé en liberté conditionnelle jusqu’au 20 juin dernier. Une semaine après: six mois de prison, avec mandat de dépôt.

Marie-Sarah Bouleau

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