La presse bouillonne, la plume s'envole

Relents d’alcool

Le 01 Juin 2015 à 19h21

Illustration d’Emilie Oprescu, dessinatrice d’audience*.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

Dans le box, un prévenu d’une petite trentaine d’années, mince, cheveux courts noirs, demeure impassible, les bras croisés. Quelques blessures sous l’œil droit... Des marques rouges qui attestent de sa présence ici: des vols et des dégradations, sous l’emprise de l’alcool. Depuis deux jours, il a eu le temps de recouvrer ses esprits, et de rattraper ses souvenirs. En revanche, il a totalement oublié avoir tenu une série de propos faisant l’apologie d’actes terroristes.

Le tribunal mentionne plusieurs identités, depuis 2013, pour cet homme d’origine marocaine, avec différentes dates de naissance; aucun papier officiel, on ne saisit pas vraiment quel est son vrai nom. Nabil, entre autres. La présidente rappelle les faits: le prévenu fracture deux véhicules, dans lesquels il vole un manteau et un téléphone portable. Les forces de l’ordre interviennent. Son haleine et sa démarche titubante trahissent son ivresse. Très vite, il menace un policier: «Je vais venir chez toi te mettre une balle dans la tête, comme les frères Kouachi l’ont fait à Ahmed». Crispation générale dans la salle d’audience: la référence donne froid dans le dos. Le 7 janvier dernier, après l’attentat contre Charlie Hebdo, les deux terroristes avaient en effet sauvagement abattu un policier au nom d’Ahmed. C’est le début d’un flot de paroles, à l’apologie d’actes terroristes, qui emplit la bouche de Nabil: «Je suis fier des frères Kouachi, je suis Kouachi, vous êtes des infidèles». « Je vais partir en Irak faire le djihad », affirme-t-il encore. La présidente énumère ces propos, s’interrompt, relève la tête et demande: «Ça vous fait sourire?», face au prévenu dont les lèvres se sont légèrement étirées. Blessé à la main et au visage, à la suite de ses infractions, les policiers l’emmènent à l’hôpital Saint-Antoine. Dans la salle d’attente, il renchérit: «Je nique les Français, je vais bientôt partir à Daech». Les infirmières demandent aux autres patients de se regrouper, à l’autre bout de la pièce. A l’audience, il plaide l’amnésie, et rejette la faute sur son état d’ébriété: «J’étais trop bourré…, dit-il, je ne me souviens de rien». Dans le dossier, la présidente lit: «Il boit de l’alcool et prend des médicaments qui lui font perdre conscience de la réalité». Elle s’interroge: «Avez-vous déjà tenu ce genre de propos? – Jamais. Je ne suis pas extrémiste». Pour la procureure, cependant, «il ne s’agit pas d’une phrase lancée simplement comme ça, […] on est bien au-delà des emportements habituels». Nabil tente une dernière fois de convaincre le tribunal: «Peut-être que je l’ai dit, mais aujourd’hui, je ne le redirai pas, car je ne le pense pas… Excusez-moi, excusez-moi, excusez-moi…» Déjà condamné par le passé, pour vol et recel, il fait actuellement l’objet d’une interdiction de séjour sur le territoire français. Un an de prison, avec mandat de dépôt, et 500 euros de préjudice moral pour le policier menacé. Son petit sourire s’est effacé. Place à la gueule de bois.

Marie-Sarah Bouleau

*Diplômée d’une école de commerce, Emilie Oprescu, 25 ans, a très récemment décidé de réaliser un vieux rêve: devenir dessinatrice d’audience. Un vrai coup de crayon... autodidacte!

Commentaires

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Le 08.06.2015 à 13h54
J'imagine bien l'ambiance glaciale qui devait régner lors de l'audience, effectivement ça fait froid dans le dos !!!
Emilie
Le 01.06.2015 à 23h37
C'est donc ça que tu écrivais dans ton carnet en langage codé à la Marie-Sarah.... :-D

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