La presse bouillonne, la plume s'envole

Coloc’ de choc

Le 22 Mai 2015 à 19h52

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

C’était une sorte de colocation, à l’amiable. Michel hébergeait Mamadou depuis deux ans dans son appartement du 18ème  arrondissement de Paris. En contrepartie, ce dernier lui versait trois cents euros par mois; en liquide, sans aucun contrat. Mais récemment, tout a dégénéré… Michel s’en est tiré avec trente jours d’incapacité de travail, et Mamadou est depuis placé en détention provisoire.

Dans le box, le prévenu, la cinquantaine, porte un pull orange fluo et ses cheveux sont attachés en chignon. D’origine malienne, Mamadou est sans papier. «Moi, je sais que je suis innocent», déclare-t-il, très rapidement. Alors qu’elle s’apprêtait à rappeler les faits, la présidente s’indigne: «Je ne vous ai pas donné la parole!» Le 28 avril dernier, Michel demande à plusieurs reprises à Mamadou de quitter le logement, pour des histoires de loyers impayés. Le propriétaire, handicapé physique à 80%, affirme avoir ensuite été frappé à plusieurs reprises avec une barre métallique. Il n’est pas présent à l’audience, «pour la bonne raison qu’il est dans un état pitoyable, explique son avocat, il ne s’est pas remis de ces coups, et il demeure terrorisé». Michel s’est présenté aux policiers, le jour-même pour porter plainte, avec différentes ecchymoses, des hématomes, des fractures… La présidente interroge le prévenu: «Que souhaitez-vous déclarer? - Il est malade mentalement, il agresse tout le monde dans le quartier. Il est arrivé blessé, je n’ai rien fait». La magistrate l’interrompt: «Les policiers ont retrouvé une barre métallique dans votre lit, comment l’expliquez-vous? – J’aimerais bien pouvoir m’exprimer!» Le ton monte, Mamadou commence à s’énerver: «J’en ai marre que les gens abusent de ma confiance! Il fait la terreur dans les immeubles, il agresse les vieilles dames!» Le prévenu parle de plus en plus fort. «Monsieur, calmez-vous», demande le policier derrière lui. «On me laisse la parole? J’en ai marre de cette vie, de cette justice de merde… Moi j’ai travaillé toute ma vie pour avancer!» La présidente s’impatiente: «Maître, dites-lui de se calmer!» L’avocat de la défense fait un signe d’impuissance. Alors, la présidente se lève, et sort. «L’audience est suspendue», s’empresse d’annoncer l’huissier. Les policiers extirpent de force le prévenu du box; on l’entend hurler, au loin: «Coupable, coupable, coupable!» Deux minutes plus tard, la salle reprend ses esprits et les magistrats regagnent leur place. «Ce qui m’étonne, c’est qu’aucune expertise psychiatrique n’ait été demandée», souligne la présidente, en fouillant dans le dossier. Elle évoque une consommation de cannabis et de cocaïne, an ajoutant: «Moi, je me demande si on n’est pas tombé dans le crack, là». L’audience se poursuit ainsi, sans le prévenu. De son côté, l’avocat de la défense s’astreint seulement à demander «une peine qui lui permettrait d’être suivi pour l’aider à se réorienter». Lors de l’annonce des délibérés, Mamadou semble s’être apaisé. Jusqu’à l’annonce de sa condamnation… 15 mois de prison avec maintien en détention.

 Marie-Sarah Bouleau

Commentaires

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Le 29.05.2015 à 14h34
J'imagine l'ambiance dans la coloc' pendant deux ans !!!

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