La presse bouillonne, la plume s'envole

CDI (Condamnation à Durée Indéterminée)

Le 09 Mai 2015 à 17h08

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

«Quand on doit tourner les pages du casier judiciaire, ce n’est jamais bon signe…», commente la présidente, devant les dix-huit condamnations de Samir, 35 ans. «Vous accumulez le sursis avec mise à l’épreuve, on voit avec quel succès… Un commentaire sur ce casier? – J’en ai honte. – A un moment, il va falloir arrêter».

Depuis le mois de mars dernier, Samir a décroché un CDI de chauffeur-livreur pour une boucherie. «Je n’explique pas qu’on puisse faire un cambriolage quand on a un contrat de travail. – C’était avant, je ne travaillais pas encore à cette époque». Ce jour-là, ils sont deux à commettre un vol par escalade. Apparemment ivres, ils pénètrent dans un appartement par les toits, grâce à un échafaudage. Ils volent quelques objets et des clefs. Aucune effraction n’est constatée, mais Samir est identifié par ses empreintes. La victime, qui a récupéré tous ses biens, ne se porte pas partie civile. Le prévenu refuse de dénoncer le second responsable, par peur de représailles: «Je n’ai pas envie de me prendre des coups de couteau plus tard…» Samir, père de deux enfants, est séparé de sa compagne; il a l’interdiction de l’approcher à la suite de violences conjugales. Depuis, «je dors à droite, à gauche: dans la rue, dans des parkings ou dans des camions». Il s’énerve un peu: «Je n’allais pas bien à ce moment-là, c’était une période difficile, j’avais perdu mes parents et…» La présidente lui coupe la parole: «Bon, STOP. Maintenant, vous avez un salaire, n’est-ce-pas? – Oui, je me lève à cinq heures tous les matins pour aller à Rungis. – Vous n’êtes pas le seul… Vous pouvez vous loger, désormais? - Justement, j’avais rendez-vous cette après-midi pour obtenir une chambre d’hôtel, mais apparemment, je suis doué pour tout faire rater… - Je ne vous le fais pas dire». Son avocat s’appuie sur sa réinsertion actuelle, au regard de sa nouvelle situation professionnelle: «C’est peut-être sa dernière chance… Il ne faut pas l’arrêter dans cet élan positif». «Si le sursis pouvait être prononcé…», s’aventure ce dernier, mais la présidente s’étonne: «Mais il ne sera pas prononcé Maître… enfin! Il en a déjà eu cinq! - Alors, une peine aménageable…» La présidente s’agace de ces négociations: «Dans ses réquisitions, la procureure n’a même pas demandé de mandat de dépôt…» Huit mois de prison, et la peine sera en effet aménagée. «Je présente mes excuses à la victime…», répète Samir. La présidente soupire: «J’imagine que vous avez déjà dit cela dix-huit fois!»

Marie-Sarah Bouleau

Laissez un commentaire