La presse bouillonne, la plume s'envole

Une dose de marketing

Le 06 Mars 2015 à 16h08

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

«C’est de la récidive de récidive!», annonce la présidente au prévenu, la vingtaine à peine, «il va peut-être falloir arrêter?». Avec plus de 500 pages de dossier, l’affaire avait été renvoyée au mois de janvier. Depuis, Moussa est en détention provisoire. Il a déjà été condamné trois fois pour des faits similaires. On lui reproche, depuis le mois d’avril 2014, l’offre ou la session, le transport, la détention et l’acquisition de stupéfiants. A savoir: résine de cannabis, herbe, MDMA et cocaïne. «J’allais dire, la seule chose qui manque, c’est l’importation!», s’exclame la présidente.

Un renseignement anonyme l’a dénoncé en fournissant ses deux lignes de téléphone. Des policiers se sont emparés de l’affaire en le suivant et en enregistrant ses communications. D’où l’épaisseur du dossier. Il se fournit à Saint-Ouen et revend ensuite à Paris. Entre 120 et 140 euros les deux grammes de cocaïne, «à la tête du client», suppose la présidente. De 100 à 120 euros pour la même quantité de MDMA. Le jeune dealer ne fait pas de petites livraisons, jamais en-dessous de 140 euros. «Pourquoi?» - «Je ne sais pas.» - «Moi, j’ai ma petite idée: time is money!» Onze de ses clients ont été interrogés. La présidente lit des témoignages: «Il pratiquait des tarifs trop élevés et il mettait trop de temps à arriver». - «Je joue de temps en temps au foot, alors ça m’arrivait d’être en retard.» - «Ok, il y a une vie après la coke, après tout…»

Au domicile de ses parents, dans le 15e arrondissement de Paris, les policiers ont retrouvé deux feuilles A4 rangées dans un classeur d’écolier, avec des listes de noms et des numéros de téléphone. «Vous être très méticuleux.» - «Ça peut arriver de perdre son téléphone.» L’enquête révèle une quinzaine d’habitués, mais beaucoup plus de clients: «Comment ça fonctionne?» - «Je n’ai pas trop envie d’en parler.» - «Vous demandez à vos acheteurs de vous mettre en contact avec leurs amis: c’est l’effet toile d’araignée.» Silence. La présidente enchaîne: «Quand ils vous trouvent de nouveaux intéressés, vous faites des cadeaux, des petites doses?» Silence. Le tribunal démontre une technique de marketing rodée avec des relances et des propositions de rabais pour fidéliser les clients. Dans un texto, Moussa écrit: «Salut, ça va? Je fais des cadeaux, là, c’est le moment d’en profiter!» La présidente demande: «C’était quoi, le cadeau?» - «Un gramme.» - «Un gramme!!! Je connaissais l’open-bar, mais là, c’est open-stup.»

Moussa a encore une tête d’enfant. Dans la salle d’audience, les termes «immature» et «passif» sont prononcés à de nombreuses reprises. «Il a plus de motivation pour organiser son trafic que pour répondre au tribunal», constate le procureur. L’avocat de la défense tente, quant à lui, de retranscrire une réalité: «Les politiques, même les avocats: tout le monde se drogue, c’est un fléau! Mais il n’y a toujours qu’un seul bouc émissaire… Là, avec la Fashion Week, ça va être la fête de la cocaïne dans les boîtes de nuits! Pour eux, un seul rappel à la loi suffit souvent…» Pour lui, 30 mois de prison ferme et 3000 euros d’amende.

Marie-Sarah Bouleau

Commentaires

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Le 10.03.2015 à 18h24
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Le 10.03.2015 à 16h02
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