La presse bouillonne, la plume s'envole

Un cas de faute majeur(e)

Le 25 Mars 2015 à 12h30

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Strasbourg.

«Alors Monsieur, vous aviez envie de nous revoir si vite?», lance d’entrée le président. S’il en oublie les politesses d’usage, c’est parce qu’Ayoub, 18 ans à peine, était déjà dans le même box, il y a cinq jours. «Bon, vous connaissez la procédure. On va vous dire que vous pouvez demander un délai ou être jugé aujourd’hui… et vous allez dire quoi? – Que j’ai rien fait», répond simplement le jeune homme. Rires dans la salle. Ayoub paraît sûr de lui. Nonchalant. Presque insolent.

Il est poursuivi pour avoir soustrait, le 12 mars dernier, deux scooters à des collégiens de 14 ans, Alexandre et Théophile, à Geispolsheim, en Alsace. L’un sera rapporté à son propriétaire au bout de 45 minutes. Le second reste sans nouvelle. Les deux victimes, et un autre jeune témoin, reconnaissent formellement Ayoub comme l’auteur des faits. «Ce n’était pas moi! Je n’étais pas dans cette ville ce jour-là. Je suis rentré chez moi à 14h pour manger avec mes sœurs et ma mère. - Mais trois personnes vous reconnaissent! - Ce n’était pas moi».

Rien n’est inscrit à son casier judiciaire. «Enfin, pas encore…», précise le président. Il y a cette condamnation de six mois avec sursis, la semaine dernière, pour un vol de téléphone portable à l’arraché. Et deux audiences en comparution immédiate l’attendent encore le surlendemain, et le 1er avril prochain, pour des faits similaires. Le procureur déplore cette accumulation: «Il n’a pas fini de solder ses comptes avec le tribunal, et il a déjà l’aplomb des vieux habitués… Il faut une peine drastique pour entraîner une réaction. La majorité, ce n’est pas seulement un anniversaire, c’est une responsabilité».

Le président s’adresse à Ayoub: «Vous voulez ajouter quelque chose? – Aller en prison, ça ne fera qu’aggraver… - Comment pouvez-vous le savoir?» Un travail d’intérêt général est brièvement évoqué. «Est-ce-que vous savez ce que c’est? – Oui, travailler gratuitement pour l’État». Le président acquiesce. «La décision sera rendue après la suspension d’audience. – Ça marche, Monsieur!», lance le jeune homme, désinvolte. Sur un ton presque amical. Le président s’arrête, rit, et s’écroule, dépité, sur sa table. La salle s’amuse également. «Maintenant, ils sont comme ça les jeunes d’aujourd’hui… et avec de mauvaises fréquentations, c’est encore pire…», chuchote une voix dans le public.

Quinze jours de prison ferme, avec mandat de dépôt, -la condamnation requise par le procureur. Avec dommages et intérêts pour les victimes. «Pour vous faire réfléchir…», justifie le président. Ayoub s’agace: «Je ne crois pas. Vous allez me revoir...»

Marie-Sarah Bouleau

Commentaires

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Le 27.03.2015 à 18h07
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