La presse bouillonne, la plume s'envole

Vert la liberté

Le 18 Février 2015 à 12h13

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

Une affaire est en cours dans la 23e chambre du tribunal de Paris. Pendant ce temps, un homme d’une quarantaine d’années entre dans le box; on distingue mal sa couleur de peau naturelle, car son visage est verdâtre. Il s’assied et pose sa tête sur ses genoux. On lui apporte un sac poubelle. Les policiers viennent régulièrement jeter un regard inquiet dans le box. Tout à coup, le prévenu malade ouvre le morceau de plastique; son voisin se décale brusquement. Mis à part la présidente, concentrée sur ses propos, le reste du tribunal semble davantage préoccupé par ce qu’il vient de se passer. Les policiers le font sortir.

Une dizaine de minutes plus tard, l’homme entre à nouveau. Un juge assesseur prend la parole. «Visiblement, vous ne vous sentez pas très bien? - Je peux rester assis? - Oui. Êtes-vous en état pour être jugé aujourd’hui?». La procureure s’empresse de préciser: «Il n’a pas voulu prendre ses médicaments»; la magistrate balaie l’information: «De toutes façons, si c’est pour qu’il vomisse entre deux phrases… - Je veux être jugé maintenant! Je vais faire un effort.», intervient  le prévenu.

José, de nationalité portugaise, comparaît pour le vol de deux pantalons dans un magasin d’une grande chaîne de prêt- à-porter masculin. Le 10 février, en fin d’après midi, des policiers aperçoivent ses passages répétés devant la boutique. A sa sortie, son sac en bandoulière a gagné en volume. «Vous avez pris deux jeans avant de vous rendre dans une cabine d’essayage. Vous avez coupé les antivols, vous avez mis un pantalon dans votre sac et le second sous vos vêtements». José reconnaît les faits. Ses réponses se limitent à quelques mots, il peine à parler et tient un mouchoir devant sa bouche. «Quelles sont vos ressources? - C’est ma femme qui travaille».

José a été condamné treize fois, par le passé, notamment pour des affaires de vols ou d’usage de stupéfiants. «Je prends de la méthadone pour me soigner, avant je prenais de l’héroïne». Considérant l’état de santé du prévenu, la magistrate s’interroge: «C’est indiscret de vous demander de quoi vous souffrez? - Une hépatite». De retour dans la salle d’audience, lors des délibérés, des effluves de menthe flottent dans l’air; un camouflage olfactif a été improvisé. José est condamné à un mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve, et 85 euros de préjudice matériel pour le magasin de vêtements. A l’annonce du verdict, il a la tête posée sur ses genoux. Derrière, un policier lui fait signe de sortir. José relève la tête: il ne semble pas avoir entendu l’annonce de sa condamnation.

Marie-Sarah Bouleau

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