La presse bouillonne, la plume s'envole

Un casier stupéfiant

Le 18 Février 2015 à 11h01

Photo d'illustration. Crédit: M.-S.B.

Comparution immédiate, tribunal de Paris.

«J’ai le sentiment de vous avoir déjà vu il n’y a pas longtemps, je me trompe?» entame la présidente, en s’adressant à Nourdine, 45 ans. L’homme, de nationalité française et d’origine algérienne, a le visage creusé, les sourcils noirs, froncés. «Bon, vous avez déjà 18 condamnations au compteur», conclut-elle.

«Vous vivez en concubinage? - Oui, avec ma femme. - Vous avez des enfants? - Oui, un en bas-âge. - Quelle est votre profession? - Coiffeur. - Vous coupez les cheveux? – Bah, oui. - Et vous travaillez actuellement? - Non». Nourdine ajoute: «Ce sont les stupéfiants qui m’ont amené là, Madame». Dans la soirée du 9 au 10 février dernier, Nourdine fumait du crack lorsqu’il a été contrôlé par des policiers en civil, dans un parking sous-terrain du 8e arrondissement de Paris. Outre deux pipes à crack, des chéquiers de tickets restaurants ont été retrouvés sur lui, pour un montant total de 1200 euros environ. Ces derniers, appartenant à une association de réinsertion des jeunes, ont justement été déclarés volés.

«Que faisiez-vous à cet endroit? - J’attendais ma femme pour prendre le train. - Vous attendez le train au niveau -6 d’un parking, vous?» La présidente soupire: «Je ne vois que des stupéfiants dans ce casier. Et des vols. - J’aimerais que ça change. - Mais qu’est ce que vous faites pour que ça change? - Je prends de la méthadone, je suis suivi par un médecin. Mais j’ai besoin de soins Madame. C’est en prison que j’ai recommencé à prendre ça… - Vous avez été mis à l’épreuve en 2010!» Nourdine enchaîne: «Je n’ai pas eu d’obligation de soin! - Mais Monsieur, nous sommes dans un pays de liberté, rien ne vous empêche de voir un médecin».

Le tribunal s’intéresse ensuite aux chèques volés en sa possession. «C’était pour mon enfant», justifie le prévenu. Ces chèques, il affirme les avoir achetés à Barbès. Nourdine touche environ 900 euros chaque mois par la COTOREP. «Il ne voulait pas revenir les mains vides dans son foyer», plaidera par la suite son avocate. «J’aimerais bien faire une cure, pour arrêter les conneries. - Ce ne sont pas des conneries, mais des infractions. - Oui, des bêtises. - Non mais arrêtez, au secours!». Déclaré coupable par le tribunal, Nourdine est condamné à six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans, avec obligation de soin.

Marie-Sarah Bouleau

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