La presse bouillonne, la plume s'envole

Fusilier marin, une force mentale

Le 27 Mai 2015 à 08h01

 L’école des fusiliers marins (ECOFUS) forme chaque année plus de 500 marins. (© Marine nationale - Jean-Philippe Pons)

De jeunes civils ont décidé de quitter leur petit confort pour revêtir un treillis militaire et devenir fusiliers marins dans la Marine nationale. Ils ont généralement entre 18 et 25 ans et s’apprêtent à suivre un entraînement physique sans relâche. Mais c’est surtout leur mental, qu’ils devront muscler…

A Lorient, en Bretagne, un chant résonne dans les allées de la base des fusiliers marins et des commandos (BFMC)… «Les fusiliers partent pour l'aventure… Chez l'ennemi la nuit sera très dure…» Des bérets bleus marchent groupés; ce sont les fusiliers marins, ces militaires qui protègent les sites sensibles de la Marine, et, lorsqu’ils sont embarqués, assurent l’ordre et la sécurité à bord. A quelques mètres de là, la relève s’entraîne dans une salle de sport… Ils sont treize. Treize garçons de 18 à 26 ans. Cette session a rejoint la Marine nationale en décembre dernier. Après une période d’évaluation, ils ont suivi une formation à l’Ecole des fusiliers marins durant quatre mois. Ils étaient 92 garçons et filles au départ. Au fil des semaines, certains n’ont pas résisté physiquement, d’autres, mentalement. Et puis, il y a ceux qui ont finalement réalisé que, non, cette vie n’était pas faite pour eux. A l’issue de leur apprentissage, les nouveaux fusiliers marins ont rejoint leurs unités opérationnelles. Du 27 avril au 22 mai 2015, treize d'entre eux ont effectué une préparation au stage commando.

2015MLBH013_001_053 ©MARINE NATIONALE - Photo- Jean philippe PONS1500 marins arment les neuf unités de fusiliers marins. (© Marine nationale - Jean-Philippe Pons)

Poussés -presque- à bout

Il y a quelques mois encore, ils étaient au lycée, à la fac, ou même dans la vie active. Ils ont quitté leurs habitudes et leur famille pour adopter cette nouvelle vie militaire. «On les pousse presque au bout de leurs capacités physiques. Je dis bien, presque», explique le Lieutenant de Vaisseau (LV) Jean-François, directeur du Département des Formations Initiale et Métier, en précisant: «Ceux qui ont un déclic progressent à une vitesse phénoménale sur un délai très court». Leur routine, au quotidien? Grimper sur une corde, faire des pompes, enchaîner avec un footing de vingt kilomètres, avant de multiplier les longueurs à la natation… Un petit échauffement. Ensuite, une course à pied avec un sac de onze kilos sur le dos, avant d’apprendre des techniques de combats rapprochés. Et histoire de se ressourcer en pleine nature, rien ne vaut une marche d’orientation de huit kilomètres en pleine nuit. «C’est dur, mais on le fait pour nous: on sait précisément où on veut aller», affirme Damien, 20 ans, l’un des treize jeunes de la promotion. Prise de masse musculaire, perte de poids, «au fil des mois, la transformation physique est spectaculaire», rapporte le LV Jean-François. Certains d’entre eux perdront facilement une dizaine de kilos. Ils apprennent aussi à se plier à la discipline militaire: réveil au branle-bas le matin, des horaires stricts à respecter, un entraînement continu… «Mais en même temps, c’est ce qu’ils viennent chercher: personne ne les a forcés à venir ici», précise l’instructeur. Même épuisés, ils ne s’arrêtent jamais. A vingt-six ans, Mathieu encaisse: «Ça forge le caractère, j’ai beaucoup appris de moi-même. Entre le corps et le mental, qui lâcherait le premier? En ce qui me concerne, le physique…». Tout est dans la tête.

Accompagnement psychologique

Au sein de la base, un Service Local de Psychologie Appliquée (SLPA) composé de psychologues, participe aux évaluations de ces jeunes, aux côtés des instructeurs. Le LV Arnaud est officier spécialisé et psychologue clinicien: «Nous essayons autant que possible de limiter les départs. L’objectif, c’est d’être au maximum dans le préventif, pour éviter d’avoir à faire du curatif. Aux premières sélections, nous nous efforçons d’écarter les candidatures trop fragiles psychologiquement». Ce service dispense également une activité clinique pour accompagner les marins. Quand l’un d’entre eux ressent le besoin de se confier au personnel médical, les grades militaires disparaissent: «Nous les recevons en civil, déjà, c’est un acte symbolique, mais qui a du sens. Tout ce qui se dit dans le bureau est confidentiel. Nous faisons entièrement la part des choses, avec les sélections».

L’union fait la force

Seuls, ils ne parviendraient peut-être pas à se dépasser autant. «On en bave, tous ensemble», lance Nathanaël, 24 ans, en souriant. Le LV Arnaud valorise cette dynamique collective: «Le groupe devient une entité à part entière, avec sa propre autonomie: quand l’un d’entre eux est fragilisé, les autres le soutiennent, et chacun parvient à se dépasser pour mériter la confiance générale». Alors, forcément, le départ de camarades est perturbant: «Lors des premiers mois, beaucoup sont partis…, rapporte Nathanaël. C’est déstabilisant et inquiétant, surtout quand ils ont un bon niveau, on se remet en question». Ils partagent également tous un rêve commun: intégrer un commando marine, c’est-à-dire une unité de combat qui effectue les opérations spéciales. Mais tous les ans, dans chaque promotion de fusiliers marins, seuls 3% deviendront commando marine. En attendant de pouvoir tenter leur chance en septembre prochain, ils poursuivent leur formation. Déterminés, comme s’ils n’avaient peur de rien. Seuls les plus superstitieux sont inquiets: dans le parc, autour de la base BFMC, une population de lapins a élu domicile. La légende raconte pourtant qu’en mer, jamais, non jamais, un marin ne doit prononcer le nom de «cet animal». Il paraît que ça porte malheur…

Marie-Sarah Bouleau

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Les fusiliers marins ont pour objectif d'intégrer un commando marine afin d'effectuer les opérations spéciales. (© Marine nationale - Julien S.)

Commentaires

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Le 29.05.2015 à 14h40
Article passionnant à lire, l'esprit de solidarité existe bel et bien toujours dans l'armée, c'est rassurant...
Mr DUG
Le 27.05.2015 à 12h20
Joliment ciselé : un reportage rafraichissant Bravo à son auteur

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