La presse bouillonne, la plume s'envole

Chambre 313: dans l’ombre de la photo

Le 16 Avril 2015 à 15h52

Chaque jour, une photographie argentique est publiée sur le tumblr de la Chambre 313.  Crédit: Claire Duhamel.

18m2. C'est la superficie de la chambre d'étudiant n°313 de Thomas. Passionné de photographie argentique, il a transformé son espace de vie en chambre noire. Sur le terrain, il capture des images avec son appareil. Une fois chez lui, il se plonge dans une lumière rouge, pour donner vie à ses clichés.

En apparence, ce studio est celui d'un étudiant lambda. Un lit, un bureau, des livres... rien d'étonnant. Il y a juste quelques appareils bizarres qui traînent. Et des bidons de produits chimiques dans la cuisine. Thomas Dévényi, 20 ans, est élève en journalisme à l'Académie ESJ Lille. Et depuis deux ans, il cultive également une passion pour la photographie. L’année dernière, lors d’un voyage à Budapest, il s’achète un appareil argentique pour 35 euros, et commence petit à petit à l’apprivoiser. Curieux d’apprendre à tirer ses propres images, il s’inscrit à des ateliers organisés tous les mercredis soirs à Lille. Mais ce n’était pas suffisant. Il investit alors 200 euros pour transformer son studio en chambre noire, qu’il baptise "Chambre 313".

claireThomas règle les marges de la photo. Crédit: Claire Duhamel.

Avec les moyens du bord

Une fois ses volets électriques fermés, il s’approche de son interrupteur, et prévient: «On va passer dans la grotte!» Dans le noir total, il allume la lumière rouge. Thomas pose le négatif sur un appareil et toutes les étapes s’enchaînent: mise au point, ajustement, projection de l’image sur le papier… avant de le tremper successivement dans trois bains chimiques différents. Soixante secondes, à chaque fois. Il compte à voix basse: «1…2…3… le premier permet de révéler l’image… 25… 26… 27… le deuxième interrompt l’étape précédente… 56… 57… 58… et le dernier fixe la photo». Il la rince ensuite sous l’eau, avant de l’accrocher à un fil suspendu au-dessus de la baignoire. En rallumant la lumière, les yeux plissés, il sourit: «Je vois apparaître au fur et à mesure, devant moi, le cliché que j’ai en tête, c’est tellement gratifiant».

migrantsDes migrants assistent à un cours de français, dans un camp d’infortune calaisien. Crédit: Thomas Dévényi.

Artisan de la photo

Thomas était lassé du rythme effréné du numérique. Clap clap clap. On mitraille avec son appareil, et on finit par trier parmi les 500 vues qui s’affichent sur l’écran. «Aujourd’hui, il y en a des millions qui circulent sur internet… pour tout et n’importe quoi», déplore-t-il, en s’énervant presque. Thomas revendique le critère «artisanal» de l’argentique, qui donne, au contraire, «un caractère physique à la photo». Mais la pellicule a un coût, tout comme le papier. Il a ainsi appris à réduire considérablement le nombre de prises de vues, en s’efforçant de visualiser, en amont, le résultat. Une seule, au lieu de cent, pour la rendre unique et vivante. Dans sa chambre noire, Thomas s’applique ainsi à mettre en lumière des images précises.

Marie-Sarah Bouleau

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