La presse bouillonne, la plume s'envole

Jamais deux sans froid

Le 18 Mars 2015 à 17h16

Stéphanie et Jérémie Gicquel ont réalisé la plus longue traversée en ski en Antarctique sans assistance. Crédit: Runners to the Pole.

20h30, un soir de semaine. Jérémie sort du travail et rejoint Stéphanie dans un bar à vins, quartier des Batignolles. Face à leur verre de rouge et une planche de charcuterie: la routine parisienne. Il y a quelques semaines encore pourtant, ce couple de trentenaires s’aventurait au pôle Sud. Pendant 73 jours, 15 heures et 35 minutes, ils ont réalisé la plus longue traversée en Antarctique en ski, sans assistance.

Cinq ans plus tôt. Ces deux avocats parisiens ont une drôle d’idée qui leur trotte dans la tête. Les années passent, elle persiste. Le 14 novembre dernier, ils mettent enfin leur robe noire au placard et chaussent leurs skis. C’est parti! A 32 ans, Stéphanie et Jérémie Gicquel ont parcouru 2045 kilomètres en Antarctique, en passant par le pôle Sud. Le couple partage une passion pour le sport et les régions polaires. Du Groenland au Spitzberg, à ski, à la voile, à pied… ils n’en sont pas à leur première expédition. Ils ont appris à connaître les forces et les faiblesses de l’autre. «On est complémentaire», affirme Stéphanie, «Jérémie, toi tu as tendance à vouloir aller trop vite, et à te blesser, moi je suis là pour te ralentir». Il sourit et réfléchit, un petit moment. «Toi… Tu as peut-être moins de capacités physiques… -et encore, c’est plutôt moi qui vais me casser quelque chose en premier!» Il finit par se décider: «Bon, le gabarit n’est pas le même: ta résistance au froid est inférieure». Alors, du coup, chacun se répartit les tâches. «Tu gérais la caméra car tu avais cette capacité à enlever tes gants, même avec le vent», remarque Stéphanie. Des mécanismes rodés, bien avant l’expédition. Autorisations, financements, logistique: «Il y a tellement d’obstacles à surmonter avant même de se retrouver sur la ligne de départ», expliquent-ils, en chœur.

IMG_0816Crédit: Runners to the Pole.

Une force complice

Au pôle Sud, chaque jour se ressemble: une heure de ski environ, puis dix minutes de pause pour se ravitailler, et ainsi de suite. Le midi, ils montent la tente pour déjeuner. Un geste, un clin d’œil, ils n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre. Pendant la première partie de l’expédition, ils se déplaçaient de huit à dix heures par jour. Et par la suite, entre dix à seize heures. L’un derrière l’autre; le premier ouvre le chemin en faisant une trace, souvent au milieu des crevasses. En alternance, pour ménager les forces. Parfois, le brouillard empêche de voir plus loin que le bout de ses skis. Dans ces conditions extrêmes, où les températures pouvaient descendre jusqu’à -50°C, la véritable personnalité de l’être humain se révèle. «Sur 74 jours, il y en a bien eu 40 où on s’est senti en condition de survie à cause du froid, précise Stéphanie, le moindre détail peut devenir obsessionnel». Mais ils se sont construits ensemble, depuis leur rencontre, à vingt ans, sur le campus d’HEC: «On a déjà surmonté de nombreuses épreuves tous les deux, et on était bien armés pour traverser celle-ci». Et puis, «on ne se dispute pas à Paris, alors ce n’était pas pour le faire là-bas…»

A deux, mais souvent seuls dans leurs pensées. En cas de mauvaises conditions météorologiques, les discussions se font rares. Avec un vent pareil, on n’entend pas grand-chose à vrai dire. «Comme on est ensemble, on ne ressent pas de manque, avoue Jérémie, et finalement, on se rend compte qu’on a besoin de peu de choses pour se sentir bien». Ils tiennent toutefois à partager leur aventure avec le monde extérieur en racontant, jour après jour, leur expédition sur leur blog Across Antarctica 2014. Ils ont également construit ce projet en lien avec l’association Petits Princes, en collectant des fonds pour aider à réaliser les rêves d’enfants malades.

La peur, pour l’autre

Les jours passent et les corps s’amaigrissent. A l’arrivée, Stéphanie perd six kilos et Jérémie, le double. Partir en couple est une force, mais en contrepartie, l'un s'inquiète pour l'autre: «Aux alentours du soixantième jour, se remémore Stéphanie, j’ai eu quelques craintes en voyant tes jambes fondre si vite». Jérémie hausse les épaules, «moi, j’avais peur du froid, pour toi… Parfois, à certaines pauses, tu pleurais car tu ne sentais plus tes mains». Les deux dernières semaines, la nourriture commence de manquer. Ils ne doivent plus s’éterniser. Leurs nuits se limitaient ainsi à quatre ou cinq heures de sommeil. Ils ne doutent cependant pas de leur force mentale, convaincus qu’ils finiront cette traversée.

Au soixante-treizième jour, le 27 janvier dernier, ils franchissent la ligne d’arrivée. «Les regards qui se croisent, en silence. Une étreinte et des pensées qui se bousculent», écriront-ils sur leur blog, comme pour geler ce dernier souvenir…

Marie-Sarah Bouleau

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Crédit: Runners to the Pole.

Commentaires

Twist
Le 24.03.2015 à 08h13
Belle aventure des temps modernes !!!

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