La presse bouillonne, la plume s'envole

Cireur, au petit pied la chance

Le 28 Mars 2015 à 15h33

Au mois de juillet dernier, Laurent Delahaye s'est improvisé cireur de chaussures. Crédit: M.-S.B.

Un coup de brosse, un peu de cirage, un chiffon pour lustrer, et vos chaussures feront peau neuve! Dans les rues de Strasbourg, Laurent Delahaye, auto-entrepreneur, a repris l’ancienne activité de cireur de chaussures. Original. Surtout qu’il y a quelques mois encore, ce quarantenaire faisait la manche dans la rue…

Un peu avant dix heures, comme tous les jours, Laurent remonte la rue du Vieux Marché aux Poissons, sur son triporteur. Il s’arrête devant un tabac, Le Comptoir du Cigare, déballe ses affaires et installe sa pancarte: "Cirage chaussures, 2€50". Le petit coin cirage est ouvert, et le premier client montre rapidement le bout de ses pieds; curieux, il se laisse tenter. Laurent commence par dépoussiérer les chaussures avec une brosse en poils de soie. Il applique ensuite le baume marron et une odeur de cire d’abeille chatouille le nez. Il finit par passer un dernier coup de brosse, avant de lustrer le cuir avec un chiffon doux. En trois minutes, les chaussures ont retrouvé leur jeunesse.

Un geste de solidarité

A 46 ans, Laurent en a fait, des boulots. Jusqu’aux travaux publics, quand il construisait des routes. Un travail qui a entaché sa carrière: «J’ai un gros problème à la gorge, maintenant». Il prévient d’emblée: «Désolé, ça m’arrivera souvent de tousser…» Son contrat n’est pas reconduit, il se retrouve à la rue. Par courtoisie, il demande régulièrement au gérant du Comptoir du Cigare, avant de faire la manche devant son commerce. «Il a toujours été très respectueux, explique le patron, Gilles Trastour. Un jour, il m’a dit: ‘J’aimerais cirer des chaussures, mais je n’ose pas, et je n’ai pas d’argent’.» Quinze minutes plus tard, Gilles ressort de son commerce et lui tend un billet de cinquante euros: «Va t’acheter le matériel dont tu as besoin, tu commences demain». Aujourd’hui, l’ancien SDF n’a pas quitté son bout de trottoir, mais il est désormais auto-entrepreneur. En passant acheter leurs cigarettes, les clients en profitent pour se faire cirer les pompes: «Je fais partie du décor», clame Laurent, fièrement. Le bouche-à-oreille et les médias locaux lui forgent une réputation. L’affaire décolle. Laurent peut investir dans son triporteur.

DSCN2129L'auto-entrepreneur s'est équipé d'un triporteur pour recevoir sa clientèle. Crédit: M.-S.B.

Le début du succès

Quand il n’est pas dans la rue, surtout quand il pleut, Laurent travaille chez lui. Il cire également des sacs et des vestes. Un client passe justement récupérer deux paires de chaussures en cuir déposées la veille. «Elles en avaient bien besoin, explique Laurent, la première couche de cirage, sluuurrrp, elles ont tout absorbé!» Toute la journée, il scrute les pieds des gens, et s’impatiente lorsque les baskets se font plus nombreuses que les chaussures en cuir. Il remarque une paire de bottines noires se diriger droit sur lui. «J’ai jamais autant maté les pieds des gens… je deviens fétichiste!» La dame prend ses aises dans le fauteuil. Ses chaussures font la tête: «Soignez-les moi, s’il vous plaît, j’y tiens! Je suis comme dans des pantoufles dedans…» Alors qu’il s’applique à leur refaire une beauté, une jeune femme l’interpelle, à la volée: «Bravo pour le prix, c’est super!» Dernièrement, il a remporté un concours organisé par l’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), avec un chèque de 2500 euros à la clé. Et dire qu’au début, dans son entourage, beaucoup ne croyaient pas en son affaire. Mais il a suivi son instinct, car à vrai dire, il n’en avait rien à cirer...

Marie-Sarah Bouleau

DSCN2220A chaque godasse, sa teinte... Crédit: M.-S.B.

Commentaires

nicononos
Le 01.07.2017 à 17h39
J'ai découvert Laurent aujourd'hui aux douze coups de midi. Il m'a beaucoup ému et j'ai éprouvé un grand respect pour lui. Je suis une mamie du sud de la France. je lui souhaite beaucoup de bonheur et de réussite. Je trouve qu'il mérite de rencontrer une compagne pour former une famille. C'est une belle personne. Cordialement
Cocotte Minute
Le 16.11.2015 à 14h16
Bonjour, Laurent est installé dans la rue du Vieux Marché aux Poissons à Strasbourg.
rockin'chair77
Le 16.11.2015 à 09h34
C'est ou dans quelle ville?
Twist
Le 31.03.2015 à 13h03
Finalement on s'aperçoit que le cirage de pompe ça marche toujours !!!

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