La presse bouillonne, la plume s'envole

Sportive de haut violon

Le 26 Février 2015 à 17h26

Claire Bard dispense des cours de violon dans l’école de musique de Bellerive-sur-Allier (03). Crédit: M.-S.B.

Do, ré, fa. Silence. L’archer de Claire Bard monte et descend naturellement sur son instrument. Violoniste professionnelle, ces mouvements sont de simples réflexes. Do, ré, fa. Silence. Aïe. Les doigts ne répondent plus… Encore une tendinite, à coup sûr! Ce sont les risques du métier.

Claire arrive à l’école de musique de Bellerive-sur-Allier, à côté de Vichy. Cette trentenaire y dispense une vingtaine d’heures de cours par semaine. La musicienne entre dans une salle et ouvre la porte-fenêtre: «On va dehors? ». L’école est située juste à côté d’un château, en plein cœur d’un parc. Son violon sous le bras, Claire jette un œil autour d’elle: «Je me demande bien ce que j’aurais pu faire d’autre de ma vie…». Il fait frais mais un pull suffit à supporter ce léger vent. La jeune femme saisit son instrument et les premières notes s’échappent dans les airs. Son violon est le prolongement de son bras. Des Sonates et Partitas de Bach, au répertoire de musiques traditionnelles du centre de la France, l’archer de Claire repousse le cliché des airs classiques qui colle à la peau des violonistes.

«Banc de touche»

A l’âge de neuf ans, la petite Claire avait un penchant pour le football, mais le violon l’intriguait. Moins dangereux sans doute, elle ne risquait pas de se blesser. Quoique? Au cours de cette vingtaine d’années d’exercice, Claire a enduré de nombreuses douleurs: «Pas plus tard que l’an dernier, j’ai été contrainte de cesser de jouer pendant presque trois mois». Une méchante tendinite, à l’avant-bras. La blessure n’est pas arrivée du jour au lendemain pourtant: «Je l’ai senti venir, mais je me suis persuadée qu’elle finirait par passer, car j’avais un programme chargé». Son ostéopathe ne fera pas de miracle; il fallait venir plus tôt. Banc de touche. Elle sera remplacée pour certains concerts.

Comme un sportif dans sa discipline, la musicienne s’acharne à l’entraînement: «Tu as envie d’atteindre le niveau que tu t’es fixé, peu importe les obstacles». Et cet état d’esprit s’installe dès les premières notes: «Dans les conservatoires, on est poussés au bout de nos limites». Alors on contient la douleur, car «dans la tête, on veut toujours continuer». A l’écouter, la souffrance physique serait inévitable: «On apprend à jouer de son instrument sans forcément l’adapter à notre corps». Elle s’arrête un moment, réfléchit, et ajoute: «Eh non, ce n’est pas au corps de s’adapter à l’instrument».

A vos marques, prête, positionnée!

S’entraîner pour progresser, se dépasser pour exceller: du musicien au sportif, l’objectif est commun, «sauf que nous, on n’a pas le kiné qui vient nous faire un massage après un concert». Tels des athlètes, les musiciens devraient donc faire des échauffements. Pas sûr cependant qu’un orchestre accepte de transformer ses quinze premières minutes de répétition en cours de fitness. Un jour, à la suite d’une énième tendinite, Claire a personnellement commencé de s’intéresser au placement de son corps: «Au bout de quatre ans, j’ai enfin trouvé la posture qui me convient».

Seize heures. Claire dépose délicatement l’instrument dans son étui. Elle est attendue pour un cours particulier à Vichy. Dans la voiture, France Inter diffuse un morceau de violon. «Ah, bah tiens!», s’amuse-t-elle. Arrivée chez Ellie-Marie, son élève de 27 ans, elle livre ses premières consignes. Ça sonne faux, on recommence. Trop rapide, trop lent, on recommence. Et pendant ce temps, si Claire conserve un œil sur la partition, l’autre guette la position du corps. La professionnelle appuie sur une épaule: «Corrige!». Quelques minutes plus tard: «Tes doigts sont beaucoup trop serrés». Elle finit par lui prendre de force son violon, et secoue sa main: «On dirait que tu es momifiée», remarque-t-elle en rigolant. L’élève reprend, plus détendue. Mais cette fois, une autre posture chagrine son professeur: «Ton coude part trop vers l‘arrière, tu vas finir par te faire mal». Elle ne lui laisse pas de répit: «Tu dois trouver une position correcte qui ne te laissera pas de séquelles». Entre le corps et l’instrument, Claire a désormais pris la place de l’arbitre.

Marie-Sarah Bouleau

Commentaires

kiki
Le 09.03.2015 à 17h34
toujours à la recherche de la perfection ! mais, attention aux contorsions ! prend soin de tes positions ! et toujours tu nous raviras avec ton violon !!! plein de bisous

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